Axes

 

AXE 1: TOURISME ET CIRCULATION DES IMAGES ET DES IMAGINAIRES

 

Le concept d'imaginaires touristiques est analysé en détail par Gravari-Barbas et Graburn (2016) ainsi que par d’autres études récentes (Sanoussi, 2018; Gravari-Barbas, Graburn, 2016; Lu, Gravari-Barbas, Debelle, 2016; Piñeros, 2015; Cousin, 2014; Zhou, 2014; Gravari-Barbas, Graburn, 2012; Salazar, 2012; Chronis, 2012). Gravari-Barbas et Graburn, en particulier, ont souligné que « Les imaginaires des lieux, des destinations et des voyages sont produits et consommés par diverses populations autour du globe, par l’intermédiaire du rôle croissant des médias et des opportunités de voyage » (Gravari-Barbas and Graburn, 2016, p :12). Comme l’observent Graburn et Gravari-Barbas (2016), le mot « imaginaire » couvre un large spectre de significations qui vont des clichés, des cultures, des rêves, des fantasmes, des fictions, des idées, des identités, des récits, des réifications, des stéréotypes aux symboles et aux récits. Salazar (2012, p. 865) a analysé la relation entre mobilité et imaginaires, affirmant que « dans un marché mondial caractérisé par des tendances qui changent rapidement, les produits et les emballages en vente varient considérablement, mais les mécanismes de fabrication de l'image qui les sous-tendent partagent des stratégies et des scripts qui sont bien établis ». En effet, Regnault (2016) a ajouté que « l'imaginaire touristique a le pouvoir de résumer la complexité d'un lieu dans un ou plusieurs clichés ».

Mais d'où viennent exactement ces imaginaires, comment et pourquoi circulent-ils à travers le monde ? Quel est leur impact sur les destinations touristiques et la vie des populations ? L'analyse critique des imaginaires peut-elle nous aider à déconstruire les stéréotypes et les clichés idéologiques, politiques et socioculturels ?

 

AXE 2: CIRCULATION DES OBJETS TOURISTIQUES: ENTRE TRADITION ET INVENTION

 

La mondialisation et l’avènement du tourisme de masse ont permis l’intensification des circulations dont celles des objets touristiques. Née avec Kopytoff (1986), la biographie culturelle des objets a encouragé de nouvelles productions scientifiques axée sur les circulations des objets touristiques (McCannell, 1973, 1976 ; Appadurai, 1986 ; RB Phillips et CB. Steiner, 1999; Bonnot, 2002, 2014; Bromberger et Chevallier, 1999; Gell, 1998 Nash, 1996 ; Michaud, 2001, Cousin, 2003; Condevaux, 2009, 2010; Cousin and Bertrand, 2010) notamment par le biais de différents systèmes de valeur (Krauskopff, 2016).

Cet axe a pour objectif de revenir sur les différents processus de fabrication des objets touristiques, de leur encrage et appropriation identitaires - parfois différents voire nouveaux - ainsi que les diverses formes de mise en valeur qui les accompagnent tout au long de leur existence et en fonction de leurs lieux de présence. L’étude s’intéresse également au caractère complexe de la valeur qui est attribuée aux objets et la multiplicité des significations sociales qu’ils peuvent porter : usage, échange, économique (Appadurai, 1986). En effet, selon le même auteur, beaucoup de types d’objets peuvent atteindre « l’état de marchandise » (commodity situation) à différents moments de leur vie sociale ; la demande et la consommation serait alors un aspect de la politique économique des sociétés (Baudrillart, 1972). Ainsi, du point de vue de la sociologie et de l’anthropologie, des concepts tels que l’authenticité des objets sont abordés. Graburn (1979, 1983) distingue entre l’art fonctionnel ou traditionnel, l’art commercial et les souvenirs parfois inventés et hybrides qui peuvent brouiller l'imagination. Ces derniers peuvent toutefois avoir des impacts négatifs sur la communauté locale et l'histoire du lieu comme c’est le cas du masque dogon, analysé par Doquet (2002). Toutefois, de nos jours à l’ère du tourisme postmoderne, les touristes ne recherchent plus seulement l’authenticité, mais plutôt les expériences. Dans quelle mesure les « objets » contribuent-ils encore à l'expérience, à la satisfaction, à la mémoire ou à la volonté de revenir des touristes ? Comment les nouvelles modalités touristiques affectent-elles la manière dont les objets touristiques sont conçus, produits et vendus?

 

AXE 3: TOURISME ET CIRCULATION DES MODELES URBAINS

 

Les « modèles urbains » abordés par cet axe  font écho « à un ensemble d’objets, de politiques, de doctrines urbanistiques, de « bonnes pratiques » ou de labels partageant une caractéristique commune : celle de servir de référence à l’imitation ou à la reproduction dans un contexte autre que celui de sa production initiale » (Peyroux & Sanjuan, 2016). Plusieurs lieux touristiques sont imprégnés de ces nouveaux modèles urbains. À Paris, par exemple, ville à l’âme cosmopolite, il n’est pas rare de trouver des restaurants marocains logés dans des structures aux caractéristiques de riad, avec petit patio arboré, zellij et moucharabieh. Reprenant le modèle architectural du riad, les restaurants marocains offrent la possibilité de savourer des plats marocains dans un cadre marocain traditionnel sans avoir à quitter sa propre ville de résidence, en l’occurrence Paris. Il en va de même pour certains hôtels ou chambres d’hôtes qui s’inspirent des caractéristiques architecturales trouvées « ailleurs ». Comme suggéré par Ashworth & Page (2011), « bien sûr, les développeurs et les investisseurs répliquent le succès afin de minimiser les risques, mais contradictoirement, le succès dépend de l'exploitation et de la promotion du caractère unique des lieux » (p. 4) plutôt que de son homogénéisation (e.g. McNeill, 1999, Ritzer, 1996).

Comment le tourisme permet-il la circulation de modèles urbains, architecturaux ou politiques ? Et quel impact l'hybridation des modèles a-t-elle sur l'identité d'un territoire?

 

AXE 4 : TOURISME, TRAFIC ET "TRACES NUMÉRIQUES" : LE POTENTIEL ET LES DÉFIS DES MÉDIAS NUMÉRIQUES POUR REMODELER ET ÉTUDIER LES EXPÉRIENCES TOURISTIQUES

 

L’avènement d’Internet et des réseaux sociaux changent les nombreuses façons dont les informations sur les voyages et leurs expériences sont diffusées (Munar & Jacobsen, 2013 ; Tussyadiah & Fesenmaier, 2009). Dans le contexte touristique, les consommateurs utilisent les réseaux sociaux pour un large éventail de scénarios ; partager leurs expériences de voyage, interagir et se connecter avec d’autres personnes de différentes destinations et acheter des produits et services liés au voyage (Buhalis & Law, 2008 ; Neuhofer et al., 2012 ; Munar & Jacobsen, 2014; Zeng & Gerritsen, 2014 ; Gohil, 2015 ; Eleftherios Varkaris & Neuhofer, 2017). Les technologies numériques ont généré de nouvelles modalités de circulation des personnes, des concepts et des imaginaires. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent être considérées comme un outil permettant de ‘circuler’ entre deux types de voyages : les voyages imaginaires et les voyages virtuels (Urry, 2000), contribuant à remodeler profondément l’expérience touristique tout en jouant un rôle majeur dans toutes ses étapes (Lo, McKercher, Lo, Cheung, and Law, 2011).

Par ailleurs, les technologies numériques sont devenues de plus en plus un moyen d’identifier les circulations (liées au tourisme), via leurs traces numériques. À cet égard, les “sciences humaines numériques” sont liées aux nouveaux modes de développement de la recherche - au carrefour des sciences sociales et humaines et des nouveaux moyens technologiques, avec des applications importantes dans le domaine touristique. Les données des réseaux sociaux (Flickr, Panoramio, Instagram, Tripadvisor, AirBnB, Hotel.com) ont été analysées selon une approche exploratoire et, dans d’autres cas, étudiées en relation avec des questions plus spécifiques ; pour suivre les pratiques touristiques (par exemple, un commentaire comme indicateur de visite) ou pour étudier les émotions liées aux expériences touristiques (notamment à l’analyse de sentiments). 

Cet axe vise donc à explorer à la fois les questions méthodologiques et éthiques liées à ces nouvelles approches de recherche et le changement de paradigme global du tourisme induit par les technologies numériques (e.g. Buhalis & Law, 2008). Comment les technologies numériques remodèlent-elles l’industrie des imaginaires et des voyages et amplifient-elles les expériences touristiques ? Quelles méthodes utiliser pour étudier de manière significative et (éventuellement) représentative, les énormes quantités de données produites en permanence dans le monde numérique ? Que révèlent les traces numériques d’un point de vue sociétal et épistémologique ? Enfin et surtout, quelles sont les implications éthiques et politiques de la production et de l’utilisation de ces données ?

 

AXE 5 : TOURISME ET CIRCULATION DES NORMES, QUELS IMPACTS SUR LES SITES DU PATRIMOINE MONDIAL DE L’UNESCO

 

Récemment, la relation entre le tourisme et les sites du patrimoine mondial a fait l’objet d’une littérature et de recherches croissantes (Bourdeau, Gravari-Barbas, Robinson, 2017; Anatole-Gabriele, 2016; Bourdeau, Gravari-Barbas, Robinson, 2015; Gfeller, 2015; Bourdeau, Gravari-Barbas, Robinson, 2012; Gravari-Barbas, Jacquot, 2013; Labadi, 2013). Afin d’attirer les touristes internationaux, de nombreux pays doublent d’efforts pour développer des sites de voyage mettant en valeur leurs caractéristiques distinctives. Dans cette stratégie, les sites touristiques qui sont inscrits au patrimoine mondial du l’UNESCO sont traités comme des piliers dans la promotion de l’industrie touristique et peuvent être considérés comme un outil pour attirer davantage de touristes internationaux (Arezki, Cherif, and Piotrowski ,2009; Yang, Lin, and Han,2010; Yang & Lin,2011), de sorte que ces attractions touristiques peuvent créer des emplois et faire gagner des devises étrangères, servant ainsi de moteur majeur à la croissance dans de nombreux pays (Wager, 1995 ; Herbert, 2001). D’un autre côté, les visites augmentent la menace de dommages à l’intégrité environnementale et culturelle des patrimoines mondiaux en raison du nombre excessif de touristes (Leask and Fyall, 2006; Huang Tsaur, and Yang, 2012). 

Gravari-Barbas, Cominelli, Condevaux, Jacquot et Conti (2018) soulignent que «  l’enthousiasme pour l’inscription au patrimoine mondial reflète la fierté que cette reconnaissance peut apporter et l’espoir de pouvoir récolter les bénéfices conférés par le label : plus grande couverture médiatique, le prestige acquis grâce aux associations avec l’UNESCO et les autres biens prestigieux déjà inscrits, l’espoir du développement économique et local via le développement futur du tourisme international ». En effet, il est évident que ce label est lié au tourisme. Gravari-Barbas, Bordeau et Robinson (2015, p.2) soulignent la relation entre la mobilité et les sites du patrimoine mondial parce que «  les voyagistes conçoivent leurs itinéraires pour inclure les sites du patrimoine mondial comme “points forts“ et il existe des opérateurs spécialisés dans le conditionnement des itinéraires axés sur le patrimoine mondial ». Par ailleurs, en plus des touristes, les sites du Patrimoine Mondial attirent de plus en plus d’investisseurs étrangers et mobilisent de plus en plus d’acteurs locaux et internationaux contribuant à la circulation et à l’application de certaines réglementaires et normes établies par l’UNESCO pour l’ensemble de ses sites.

Comment ces normes circulent-elles dans les différents sites du Patrimoine Mondiale ? Quelles stratégies adoptent-ils pour se différencier de la concurrence tout en répondant aux demandes de touristes internationaux et aux besoins de la population locale ? Et de quelle manière peut-on préserver les sites du patrimoine mondial des effets négatifs qu’impliquent les activités touristiques ?

 

AXE 6 : LES CIRCULATIONS TOURISTIQUES PAR RAPPORT AUX QUESTIONS DE DROITS DE PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE ET DE REVENUS LIÉS À LA CULTURE

 

L’internationalisation du tourisme implique une circulation croissante des lois et des normes relatives à la culture qui peuvent s’appliquer au patrimoine culturel mais aussi aux notions connexes d’industries créatives et de droits de propriété intellectuelle. En effet, l’émergence des politiques patrimoniales a conduit à redéfinir les pratiques artistiques non seulement comme “ patrimoine “ mais aussi comme ressources économiques potentiellement utilisables dans le cadre des “ industries culturelles “ ou “ industries créatives “. La propriété intellectuelle (PI) désigne les « créations de l’esprit : inventions, œuvres littéraires et artistiques, ainsi que les symboles, noms et images utilisés dans le commerce » (OMPI, 2010). L’importance de la propriété intellectuelle a été reconnue pour la première fois dans la Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle (1883) et la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques (1886). Depuis 2014, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) a lancé un projet intitulé “Comité de Desarrollo y Propiedad Intelectual, CDIP, 2015”. De nos jours, les outils du système de propriété intellectuelle sont largement applicables au secteur du tourisme (Kono, 2009; Idris, 2003; Lis-Gutiérrez, Gaitán-Angulo, Moros, Lis-Gutiérrez, and Viloria, 2017). Ces outils peuvent encourager la promotion du tourisme, du savoir, des traditions et de la culture nationale (biens matériels et immatériels), afin de favoriser la croissance économique, d’accroître la valeur ajoutée, d’accroître la productivité, la compétitivité et la capacité d’innovation, de favoriser le développement social et de réduire les inégalités (Borissova, 2017). 

Dans la littérature touristique, différentes analyses ont souligné la relation entre le développement durable du tourisme et la propriété intellectuelle (Wang, Chai, and Subramanian A., 2015), en quoi consiste cette relation ? L’un des aspects les plus importants des études précédentes est le lien entre le patrimoine culturel et les industries culturelles, qui expliquent l’interaction économique entre le patrimoine culturel et la PI (Wanda George, 2010). Quelle est la relation entre le patrimoine culturel et la propriété intellectuelle ? Comment préserver les valeurs culturelles dans ces conditions ? Qui sont les utilisateurs et “ propriétaires “ légitimes des biens et pratiques culturels et, par conséquent, les bénéficiaires légitimes d’éventuels bénéfices économiques ?

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